Recherche
Lettre électronique
Pour recevoir régulièrement des nouvelles de La Nef, entrez votre courriel et validez
Mon compte
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Politique
  • International

Troubles méditerranéens

Dreyfus François-Georges

Source :La Nef N°220 de novembre 2010
L’ensemble du monde méditerranéen traverse des soubresauts dramatiques, beaucoup plus graves que ce qu’on laisse supposer. La crise israélo-palestinienne, il est vrai, domine ces incertitudes. Chacun sait que la paix au Moyen-Orient passe par la coexistence de deux États, Israël et la Palestine. Des négociations sont en cours sous la pression des États-Unis, mais elles impliquent de la part d’Israël une renonciation à la colonisation dans la zone arabe de la Palestine. Netanyahou s’obstine à gouverner avec la droite dure, qui ne veut pas céder devant les Palestiniens, alors qu’il pourrait constituer un gouvernement avec le centre, qui permettrait de reprendre véritablement ces négociations. En même temps que M. Obama fait pression sur l’État d’Israël, le gouvernement américain renforce son aide militaire, ce qui est parfaitement contradictoire. Il est évident qu’un jour ou l’autre, il faudra forcer la main au gouvernement de Tel-Aviv en lui expliquant trois choses. Tout d’abord, Jérusalem doit être une ville internationalisée, et ne peut être la capitale d’Israël, pas plus que celle de la Palestine arabe. Ensuite, les frontières de 1967 sont les frontières définitives de l’État d’Israël. Et, enfin, les colonisations nouvelles doivent être totalement gelées, et un certain nombre des anciennes devront être détruites.
C’est la position des États-Unis et de l’Europe, mais personne ne veut intervenir, même en instaurant un embargo sur le commerce extérieur de l’État d’Israël. Pourtant ce conflit israélo-palestinien infecte les relations de l’ensemble du monde musulman et de l’Occident, comme l’ont montré les incidents concernant l’aide humanitaire apportée à la bande de Gaza qui ont provoqué une brouille entre Israël et son seul allié musulman, la Turquie.

Les difficultés entre les deux États arrivent d’ailleurs à un bien mauvais moment. La Turquie laïcisée de force par Atatürk se réislamisait lentement de manière moderne. En effet, l’armée et la justice maintenaient une certaine forme de laïcité. Le corps des officiers « atatürkiens » détenait le pouvoir d’interdire une loi qui aurait été trop contraire à la laïcité. Peu à peu, ce pouvoir s’est effrité. Il est vrai que ce n’était pas très démocratique. Depuis longtemps, la Turquie aspire à entrer dans la communauté européenne. C’était doublement discutable. D’une part, la Turquie n’est pas en Europe, à l’exception d’Istanbul et de la Thrace orientale ; la seconde raison est culturelle : la culture européenne est judéo-chrétienne, en même temps qu’elle est latine. Jérusalem, Athènes et Rome sont les vrais pôles de l’Europe. Déjà, y intégrer les États orthodoxes a été une erreur. La Turquie, elle, fonde sa culture sur le Coran. Il suffit de penser aux antagonismes existants en Allemagne aujourd’hui, pour constater que la coexistence entre cultures judéo-chrétienne et islamique donne lieu à des confrontations délicates. Or, la Communauté européenne a imposé à la Turquie candidate la démocratisation de sa Constitution et par conséquent la suppression de droit de veto des milieux militaires. L’AKP de M. Erdogan réislamise aujourd’hui la société et la culture turque, rendant difficile la coexistence d’une Turquie islamique avec l’Union européenne. Ne pas l’avoir compris souligne d’ailleurs l’inculture des eurocrates qui nous gouvernent.
Il est vrai que face à l’Iran autoritaire, la Turquie est un État relativement démocratique, où les élections ne sont pas confisquées, et il y demeure une relative liberté de pensée.

Mais l’Iran devient à son tour une relative grande puissance, qui veut jouer à nouveau le rôle que la Perse a jadis joué au Moyen-Orient. Fondée sur les hydrocarbures, son économie est relativement prospère. Le PIB par habitant est supérieur à celui de la Turquie, avoisinant les 10 000 dollars ; malgré la crise, la croissance est rapide. Il est vrai que l’Iran dispose d’hydrocarbures en quantité considérable, et on le sait, tente de 
Page 1 sur 2 1 2 »