Un bilan d’abord… psychologique
Source :
La Nef
n°196 de septembre 2008
Christian Marquant, président d’Oremus et l’un des responsables de Paix liturgique 92.
La Nef – Quel bilan tirer un an après Summorum Pontificum ?
Christian Marquant – Le bilan n’est pas d’abord un bilan chiffré mais en premier lieu un bilan psychologique. Les mentalités ont changé : ce que l’on croyait explicitement ou implicitement interdit ne l’est plus, bien plus ne l’a jamais été ! Ce changement est significatif chez les clercs. Nous avons toujours connu des séminaristes ou des prêtres qui, en secret, se définissaient comme « proches » de la tradition… Aujourd’hui nous en rencontrons au moins dix fois plus et ce n’est plus tabou d’aimer cette vénérable liturgie.
Ce changement se retrouve chez les fidèles : avant seules quelques « Grandes gueules » osaient dire à leurs curés leur attachement aux anciennes formes liturgiques et la plupart se taisaient. Aujourd’hui un tsunami se prépare car ce ne sont plus d’abord les « tradis » qui demandent l’application de Summorum Pontificum mais bien plus les très nombreuses familles qui jusqu’alors avaient suivi docilement leur curé mais qui, aujourd’hui, veulent bénéficier de la forme extraordinaire du rite romain dans leurs paroisses et pas ailleurs.
Quelques chiffres enfin. Nolans volans, 55 nouveaux lieux où est célébrée la messe traditionnelle ont vu le jour depuis septembre 2007. Près du tiers ne correspond pas aux demandes pressantes des fidèles (horaires impraticables, rythme irrégulier...). C’est déjà énorme mais finalement négligeable par rapport aux demandes en cours. En effet plus de 250 demandes structurées et formelles ont été effectuées en France depuis septembre et plus de 600 demandes « informelles » (contacts réels mais discrets avec les curés). On voit donc que ce qui a été accordé est encore sans rapport avec les demandes effectuées, en cours ou en gestation.
Les méthodes de Paix liturgique ne semblent guère appréciées par les évêques : comment vous justifiez-vous ?
Paix liturgique est né de l’attitude de la Conférence épiscopale de France qui n’a jamais su prendre à sa juste mesure la demande de célébrations de la liturgie traditionnelle. Cela fait plus de vingt ans que nous cherchons en vain à dialoguer avec nos évêques… Si pendant longtemps il a été possible et facile d’ignorer les familles attachées à la liturgie traditionnelle, aujourd’hui, la publicité que fait Paix liturgique de ce mépris rend les choses plus difficiles pour les « apôtres du dialogue et de l’accueil des différences ». Inutile d’aller chercher plus loin le pourquoi des critiques faites à Paix liturgique.
La bonne méthode serait que nous puissions parler avec nos évêques. Or ce n’est pas encore possible à Versailles, Nanterre, Paris ou beaucoup d’autres diocèses… Autrefois, Mgr Thomas, à Versailles, nous avait montré par son exemple que là où le dialogue et l’écoute mutuelle se font naturellement, les difficultés sont presque toujours levées. Dans une telle situation, l’action de Paix liturgique n’aurait plus lieu d’être.
Propos recueillis par Ch. Geffroy