Recherche
  • Accueil
  • Archives de la Nef
  • Politique
  • France

Un cœur intelligent

Source : La Nef N°239 de JUILLET-AOUT 2012
Qu’est-ce que les catholiques attendent de la politique, quel engagement peuvent-ils avoir… et pour quoi faire ? Esquisse de réponse.

Tout commence par une prière, que nous raconte la Bible dans le livre des Rois. Le jeune Salomon vient à peine de prendre la suite de son père David sur le trône d’Israël, quand le Seigneur lui apparaît en songe : « Demande ce que tu veux que je te donne, », dit l’Éternel. Vertigineuse proposition divine... – Qu’aurions-nous demandé ?
Salomon, lui, n’hésite pas un instant : « Mon Dieu, vous avez fait régner votre serviteur à la place de David, mon père ; et moi je ne suis qu’un tout jeune homme, ne sachant pas comment me conduire. Votre serviteur est au milieu de votre peuple que vous avez choisi, peuple immense, qui ne peut être compté tant il est nombreux. Accordez donc à votre serviteur un cœur attentif pour juger votre peuple, pour discerner le bien et le mal. Car qui pourrait juger votre peuple ? »
Le jeune Salomon sait que la première grâce nécessaire à la vie politique, c’est la justesse du discernement. Et il sait aussi que cette grâce doit être demandée ; que nos jugements sont fragiles, et que, dans le clair-obscur des contingences politiques, notre regard est vite troublé. Aussi sait-il prier : « Seigneur, accordez-moi la sagesse et l’intelligence ! »

Aujourd’hui sans doute plus que jamais, dans les tensions que notre pays traverse, dans les tentations qui le guettent, dans la confusion du débat public, nous avons besoin d’intelligence et de sagesse pour éclairer notre action. L’Église nous appelle à prendre notre part dans la vie de la cité. En 1988, Jean-Paul II rappelait cet « enseignement constant » de l’Église : « les fidèles laïcs ne peuvent absolument pas renoncer à la participation à la politique, à savoir à l’action multiforme qui a pour but de promouvoir, organiquement et par les institutions, le bien commun. » Il y a dix ans, une note doctrinale du cardinal Ratzinger insistait sur cette nécessité. Nous pourrons donc sans peine, ne serait-ce que par fidélité à cet enseignement, nous accorder sur cet appel : les catholiques doivent s’engager en politique.
Mais il reste à savoir pour quoi faire ; et c’est sans doute à cela que nous avons le moins réfléchi. Qu’attendons-nous vraiment de la politique ? Que pouvons-nous en espérer ? Que pouvons-nous attendre, surtout, de ceux d’entre nous qui assumeront cet engagement ? Si nous n’abordons pas ces questions avec assez de discernement, nous courons le risque de ne récolter que frustration, déceptions et ressentiment. Aussi pouvons-nous essayer d’ouvrir ici, bien modestement, quelques pistes de réflexion pour une nouvelle et nécessaire intelligence chrétienne de l’engagement dans la cité.

Intelligence des priorités

Le plus urgent est sans doute de retrouver le sens des priorités. Dans notre désir de voir la société renouer avec son bien, nous attribuons sans doute un rôle excessif à la politique. En vérité, la politique n’a pas le pouvoir. Elle ne l’a jamais eu : Machiavel lui-même reconnaît qu’aucun souverain ne peut gouverner contre son peuple. Le véritable pouvoir est donc dans l’opinion, ou dans la culture commune qui la sécrète. Cela se vérifie plus encore en démocratie : lorsqu’une large majorité est convaincue que l’euthanasie est nécessaire, il est déjà trop tard, et un parlementaire attaché au respect de la vie ne pourra que tenter de limiter les dégâts.

Le vrai enjeu est donc dans la culture, et non dans la politique. Les changements substantiels se jouent bien loin des querelles de personnalités et de partis ; ils s’opèrent dans la discrétion des salles de classe, dans les romans à succès, les séries télévisées ou les films grand public. Plus profondément encore, les vraies ruptures se préparent dans le silence de la 
Page 1 sur 3 1 2 3 »