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Un renouveau du conservatisme ?

Christophe Geffroy

Source : La Nef N°293 de juin 2017
Le conservatisme, assimilé à l’immobilisme ou au passé, n’a pas bonne presse en France.& 8200;Il connaît cependant un regain d’intérêt certain au moment où la société se liquéfie de plus en plus, perdant peu à peu ses repères traditionnels. Est-ce une mode passagère ou un mouvement de fond ? Essai d’analyse.

S’interroger sur un renouveau du « conservatisme » en France alors que l’élection présidentielle vient d’être gagnée par le candidat « en marche » que tout oppose au conservatisme peut apparaître quelque peu paradoxal. Et pourtant la question n’est en rien impertinente quand on observe le monde intellectuel et les livres récents consacrés à ce thème. Parmi ceux qui ont retenu notre attention, citons tout d’abord la réédition de l’ouvrage de Burke (1729-1797) référence du conservatisme, Réflexions sur la Révolution en France (1), et les traductions françaises de deux figures contemporaines du conservatisme britannique, Michael Oakeshott (Du conservatisme) et Roger Scruton (De l’urgence d’être conservateur) ; en France, ensuite, le sujet intéresse de jeunes auteurs comme Laetitia Strauch-Bonart (Vous avez dit conservateur ?) ou Guillaume Perrault (Conservateurs, soyez fiers !), sans parler de l’essai très complet de Jean-Philippe Vincent, Qu’est-ce que le conservatisme ? Histoire intellectuelle d’une idée politique. Et il faut encore ajouter des auteurs renommés qui, sans écrire explicitement sur ce thème, se rapprochent d’une façon ou d’une autre des idées conservatrices, songeons à Alain Finkielkraut, Pierre Manent, Chantal Delsol, Éric Zemmour, Patrick Buisson, Philippe de Villiers, Mathieu Bock-Côté, Bérénice Levet, François-Xavier Bellamy… et même à certains égards un Jean-Claude Michéa, qualifié comme son maître Orwell d’« anarchiste conservateur ».
Alors que le conservatisme avait disparu de la scène politique française, il a fait une réapparition soudaine dans l’arène politique, la plupart des commentateurs, à l’instar de Marcel Gauchet (2), ayant salué l’écrasante et surprenante victoire de François Fillon à la primaire de la droite, en novembre 2016, comme la manifestation d’un retour du conservatisme en France. Beaucoup faisaient même le lien avec le mouvement populaire de la Manif pour tous. Fillon était à l’évidence porté par une lame de fond qui le dépassait et dont il était loin d’épouser l’ensemble des revendications, créant dès l’origine une ambiguïté qui aurait vraisemblablement conduit à quelques désillusions, mais les « affaires » ne laissèrent pas le temps d’aller jusque-là et suffirent à décrédibiliser sa candidature.
Bref, bien que le conservatisme, en France, n’ait toujours pas de traduction électorale, il n’en suscite pas moins réflexions et débats. Mais comment le définir ?
Commençons par exposer ce que sont les « dispositions au conservatisme » selon Michael Oakeshott (1901-1990) : « Être conservateur, c’est… préférer le familier à l’inconnu, ce qui a été essayé à ce qui ne l’a pas été, le fait au mystère, le réel au possible, le limité au démesuré, le proche au lointain, le suffisant au surabondant, le convenable au parfait, le rire de l’instant présent à la béatitude utopique. […] Il jugera donc les changements minimes et lents plus tolérables que les changements importants et soudains et il valorisera fortement toute apparence de continuité » (p. 38 et 40). Cette description a le mérite de fournir un état d’esprit assez révélateur. Voyons maintenant pour la « doctrine ». Jean-Philippe Vincent, en s’appuyant sur l’Américain Russel Kirk (1918-1994), la résume de la façon suivante en six « canons » :
« Canon n°1 : La société ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans la vie humaine quelque chose qui la dépasse, qui ne se résume pas et qui tient du divin. […] Négliger cet élément de transcendance conduit inévitablement à diviniser ce qui ne devrait pas l’être, notamment le pouvoir. Cette hubris est la 
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