Les élections allemandes viennent de donner à la droite une majorité substantielle et de souligner le recul des gauches. Le SPD et l’extrême gauche (die Linke) perdent globalement 8 %, passant de 43 % à 35 %. Cette simple donnée montre que l’électeur SPD, déçu par son parti, n’est guère allé voter pour l’extrême gauche : il s’est abstenu, tout comme une partie des catholiques votant chrétien-démocrate s’est refusée à voter pour une protestante divorcée. C’est ce que souligne l’effondrement de la CSU bavaroise.
Le vrai vainqueur de ces élections est le parti libéral, le FDP. Son programme est nettement néo-libéral sur le plan économique : grosso modo, il récuse les fondements de l’économie sociale de marché à laquelle la CDU demeure profondément attachée. C’est d’ailleurs sur cette base qu’avait été bâtie la Grande Coalition. En freinant au maximum toute intervention de l’État dans la vie industrielle, le FDP risque de contribuer à renforcer l’écart économique qui plombe le couple franco-allemand. Rappelons que le FDP avait été sinon hostile du moins très réticent devant le Traité de l’Élysée. Mais ayons le courage de nous souvenir que les difficultés que connaît le couple sont liées à des questions de politique industrielle : les grandes entreprises françaises pèsent infiniment moins que les entreprises allemandes. Siemens est un géant face à Alsthom, de même Hoechst face à Aventis, et l’on sait le poids d’Allianz dans le réseau des assureurs français.
Économiquement, nous ne faisons pas le poids face à la RFA et cela s’explique par le goût du petit dans la société et la pensée françaises, caractère que l’on retrouve dans la taille des grandes entreprises industrielles comme des exploitations agricoles. Et quand l’on tente de s’élargir (cf. EDF ou France Télécom), syndicats et politiques se mettent à hurler. En rejetant systématiquement toute restructuration industrielle ou commerciale, les syndicalistes français ont contribué à la désindustrialisation dramatique de notre pays. Il est vrai que le désintérêt pour les problèmes sociaux, tant du patronat que d’une classe politique intéressée exclusivement par l’anticléricalisme, a conduit à la charte d’Amiens et à une idéologisation de la lutte des classes. Au contraire la politique sociale de Bismarck, de 1881 à 1890, a favorisé l’éclosion dans le syndicalisme allemand de l’idée de cogestion, thème qui apparaît dès 1917 et se conclut avec les lois sur la participation de 1975.
Dans l’esprit du Général de Gaulle, le traité de l’Élysée devait favoriser la naissance d’une Europe forte, à même de rivaliser avec les États-Unis et l’Union soviétique. Cette Europe est toujours dans les limbes et, de 1963 à aujourd’hui, le couple franco-allemand fondé sur des données stratégiques n’a guère été autre chose qu’un instrument politique plus ou moins efficace. Ces derniers mois, tenant compte des conflits industriels franco-allemands autour de Siemens-Alsthom, Hoechst-Aventis ou Airbus, on a cherché à modifier le caractère politique du couple, et à en faire un moteur économique favorisé par l’idéologie social-démocrate commune à la Grande Coalition et à l’UMP. Avec le départ du SPD et l’arrivée des libéraux au pouvoir, cette stratégie politique franco-allemande risque d’être difficile et ne facilitera guère la construction européenne.
Cette construction européenne connaît bien des ratés. Sans doute le scrutin irlandais a-t-il été un gros succès pour les europhiles, mais il n’a pas tout réglé. La résistance passive du Président tchèque Vaclav Klaus semble être un frein à double-détente. Il rejette autoritairement un texte adopté par son Parlement et approuvé par sa cour constitutionnelle, favorisant ainsi la tâche des conservateurs britanniques. Mais au fond, si le peuple anglais dit non à l’Europe, pourquoi le retenir ? L’Europe sans le Royaume-Uni serait moins atlantiste et se porterait mieux sous la conduite d’un couple franco-allemand