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Une anthropologie réaliste

Chronique Vie

Pierre-Olivier Arduin

Source :La Nef N°227 DE JUIN 2011
Décidément, Benoît XVI est bien le pape de la parole, ne dédaignant aucune forme de communication pour toucher l’intelligence de ses contemporains. Il l’a encore prouvé le 22 avril dernier, en plein cœur du Vendredi Saint, en se livrant à une série de sept questions-réponses sur la première chaîne de télévision italienne devant des millions de téléspectateurs.
Une maman lui a ainsi demandé si l’âme de son fils inconscient plongé depuis deux ans dans un état végétatif persistant avait abandonné son corps. Tout à la fois assurée et délicate, la réponse de Benoît XVI n’a pu que réconforter cette femme : « Bien sûr, son âme est encore présente dans son corps. La situation est un peu celle d’une guitare dont les cordes sont détruites et ne peuvent plus résonner. L’instrument qu’est le corps, est lui aussi fragile, il est vulnérable, et l’âme ne peut résonner, pour ainsi dire, mais elle est bien présente » (1). En arrière-fond de cet échange, c’est une nouvelle fois la question cruciale de la dignité intangible de la personne qui est posée, celle dont la vie est dorénavant dépréciée parce qu’en-deçà d’un certain seuil de « qualité ».
L’être humain qui se retrouve dans un coma végétatif est en effet aujourd’hui considéré par nombre de bioéthiciens de par le monde comme une « vie biologique dépersonnalisée ». S’appuyant sur une anthropologie matérialiste, ils estiment que la qualification de personne ne peut être attribuée qu’à un être humain doté de la capacité de penser et de se relier au monde qui l’entoure, autrement dit en pleine possession de sa fonction cérébrale. Le moraliste américain Jeff McMahan soutient ainsi que « nous cessons d’exister lorsque notre cerveau perd la capacité d’exercer la conscience » (2), son compatriote Hugo Tristram Engelhardt évoquant quant à lui un « organisme humain vivant mais inoccupé » (3). Dans la même veine, on se souvient de la thèse d’un Jean-Pierre Changeux dans le célèbre opuscule L’homme neuronal (1983) qui identifiait la raison humaine aux circuits précâblés du cortex cérébral. L’âme n’étant plus le principe d’unité de la personne, ce sont désormais les propriétés cognitives scientifiquement repérables du cerveau qui jouent le rôle d’indicateur d’humanité. La privation de leur exercice signe la disparition de l’être au sens ontologique.
Une telle anthropologie de « l’opérationnalité performante » légitime en soi la possibilité de traiter l’être humain non efficient comme une « non personne ». Avec des implications directes sur la nature des décisions politiques en matière de protection de la vie finissante. La loi française du 22 avril 2005, dite loi Leonetti, légitime ainsi la mise en œuvre sur des malades en état végétatif de protocoles euthanasiques combinant suspension de l’alimentation artificielle et sédation. Peu le savent, mais le décret du 29 janvier 2010 a fait de cette procédure spécifique un droit à l’euthanasie opposable par les familles aux professionnels de santé. De proche en proche, c’est tout individu ayant un handicap mental qui pourrait déchoir à l’avenir de son statut de personne. C’est d’ailleurs ce que l’on observe en Belgique et aux Pays-Bas où se multiplient les euthanasies dans le cas d’affections neurodégénératives, dont la plus emblématique est la maladie d’Alzheimer.

Seule une conception juste de la personne dans l’unité de ses dimensions corporelle et spirituelle – corpore et anima unus comme la définit le Concile Vatican II – peut nous offrir une anthropologie adéquate et réaliste pour solutionner les grandes problématiques bioéthiques contemporaines (4). L’être humain est une personne, même lorsque pour des raisons contingentes, il n’exerce pas encore – cas de l’embryon ou du fœtus – ou qu’il ne réussit plus à exercer – situation de la personne en état végétatif ou atteinte de démence – ses facultés intellectuelles supérieures. N’est-ce pas en raison de l’évacuation de l’espace public de tout discours métaphysique que 
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