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Une classe politique usée

Source : La Nef N°239 de JUILLET-AOUT 2012
Le modèle sur lequel s’appuie la classe politique est en crise. Le monde politico-médiatique étant imperméable aux remises en cause, c’est à la société civile de penser la réforme du pays.

La situation de la France est celle d’un modèle politique qui a mal vieilli et qui est aujourd’hui remis en cause. La nature politique de la crise est un fait dont très peu de Français ont conscience. La classe politique française, depuis cinquante ans, fonde sa légitimité sur sa capacité à grouper les Français autour d’une double vision : la construction européenne et le compromis social-démocrate. Aujourd’hui, la crise politique est double : le danger d’effondrement de la construction européenne, et les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de la social-démocratie.

La construction européenne est au bord de l’effondrement. Face au terrible jeu de domino qui voit les États européens s’effondrer l’un après l’autre sous le poids de leur dette, les experts résument le problème simplement. Nous devrions faire un saut majeur vers la construction d’un État européen à l’allemande qui dirigerait les finances des États nationaux et passerait les réformes d’austérité et de compétitivité. C’est seulement ensuite que cet État européen pourrait refinancer des pays. L’alternative, c’est le retour aux monnaies nationales et la fin de la construction européenne telle que nous l’avons connue, le tout dans une situation de re-nationalisation des économies aux conséquences considérables : dévaluations, remise en cause des accords de libre-échange, implosion des grandes compagnies internationales…

Mais posons-nous une question simple : est-il raisonnable de croire à la création de cet État supranational ? Les classes politiques européennes, dans l’état actuel de délabrement de leur autorité, seront-elles capables de proposer ou d’imposer aux peuples de si grands sacrifices en matière de souveraineté et de niveau de vie ? Le but ne pouvant être que de prolonger de quelques années un système qui a échoué dans son objectif de stabilité et de croissance.
Or la construction européenne est le seul avenir que nous proposait la classe politique. L’échec de ce projet compromettrait la légitimité des dirigeants français.
L’avenir de la social-démocratie non plus, n’est pas assuré. Disons tout de suite que ce n’est pas le principe de la solidarité qui est remis en cause, et notre pays disposera toujours, du fait de sa culture, d’un système pour aider les chômeurs, pour éduquer les plus jeunes, soigner les malades… Mais nous ne sommes plus assez prospères pour financer l’organisation actuelle. Notre modèle qui a connu un vrai succès pendant les « Trente glorieuses » est maintenant beaucoup trop lourd. L’État administratif et le système social captent aujourd’hui plus de la moitié de la richesse créée par le pays.
Ce coût, financé par des impôts sur le travail, pèse sur la compétitivité de notre économie qui continue de se fragiliser. L’ouverture à la concurrence mondiale condamne la compétitivité de secteurs industriels entiers, notamment les industries de main-d’œuvre, et celles où le prix des produits est un facteur clé de leur succès. D’autre part, nous n’arrivons pas à remplacer ces pertes par le développement d’une économie entrepreneuriale et innovante, en raison de l’archaïsme de nos systèmes social, fiscal et administratif.

Cette crise résulte d’une gouvernance inconséquente. Notre classe politique a fait le choix d’ouvrir les frontières à la concurrence et de faire entrer le pays dans un jeu où la compétitivité et l’innovation deviennent des enjeux pour la survie économique. Mais elle n’a pas ordonné les adaptations nécessaires en matière de coût du travail, de droit du travail, de droit fiscal, d’innovation entrepreneuriale… La protection des salariés et une certaine forme d’égalité sont des choix bien légitimes, mais cela doit se faire avec 
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