Benoît XVI l’a rappelé encore récemment, la politique doit être « une forme supérieure de
la charité ». Cette charité en acte et en vérité est la ligne de crête de toute action politique chrétienne. Explications.
Le temps n’est ni à l’« enfouissement » ni au « communautarisme », il est à la visibilité et à l’action. À l’invitation de Benoît XVI, les catholiques doivent former des communautés ouvertes et missionnaires qui soient de véritables plates-formes d’évangélisation : « Nous avons besoin d’îles où la foi en Dieu et la simplicité interne du christianisme vivent et rayonnent ; d’oasis, d’arches de Noé dans lesquelles l’homme peut toujours venir se réfugier. Les espaces de protection sont les espaces de la liturgie. Reste que même dans les différents mouvements et communautés, dans les paroisses, dans les célébrations des sacrements, dans les exercices de piété, dans les pèlerinages, etc., l’Église cherche à offrir des forces de résistance, puis à développer des zones de protection dans lesquelles la beauté du monde, la beauté de l’existence possible, devient de nouveau visible en contraste avec tout ce qui est abîmé autour de nous » (1).
Sans tomber dans le « victimisme » systématique et la rivalité mimétique (christianophobie / homophobie), il est légitime et nécessaire de rappeler avec le pape que le christianisme est la première religion persécutée dans le monde, et que le « laïcisme radical » et le « relativisme subliminal » de nos sociétés postmodernes sont une forme grave et pernicieuse d’atteinte à la liberté de conscience et de religion.
Cependant, loin d’entretenir chez nous un complexe obsidional, cette situation somme toute normale (2) doit au contraire stimuler notre activité : c’est dans l’adversité que se forge la combativité, et le combat spirituel n’échappe pas à la règle.
Mais notre témoignage ne doit pas s’aligner sur l’agressivité qui est la signature du monde et de ses lobbies, mais s’attacher à la force de la vérité : « On a donc besoin d’un laïcat catholique bien formé et courageux, au fort sens critique de la culture dominante, qui se dresse face à un sécularisme réductif qui voudrait délégitimer la participation de l’Église au débat public sur les questions fondamentales » (3).
Dépasser notre impuissance
C’est entendu, comme la philosophe Chantal Delsol l’a souligné dans une déjà fameuse tribune (4), le monde ne peut pas nous entendre parce qu’il ne comprend pas notre langage. Non seulement notre vocabulaire théologique lui est étranger, mais encore notre sémantique philosophique, juridique et politique : nature humaine, loi naturelle, bien commun, etc. « Chez nous, toutes les valeurs traditionnelles sont chrétiennes, et quand la chrétienté s’efface, c’est comme si on nous retirait le sol sous les pieds — plus rien ne reste » (5).
Dès lors, l’évolution qui sape les fondements mêmes de la vie et de la société (avortement, euthanasie, mariage homosexuel, etc.) paraît inéluctable, car nous n’avons rien d’audible, donc de crédible à lui opposer. « Pourquoi inéluctable ? Parce que, dans nos sociétés, tous les arguments susceptibles de s’opposer à ces mesures sont d’ordre religieux. Et nos concitoyens n’ont plus de religion » (6).
Il est certes indispensable de former les catholiques sur ces questions fondamentales, et de les rappeler au monde, mais il faut également trouver un langage stratégique, en pleine vérité, qui permette de se faire entendre, de passer de la défensive à l’offensive et de sortir de la prise d’otage des bons sentiments : « Puisqu’ils s’aiment… Puisqu’ils souffrent… » Quand le monde nous parle de souffrance et d’amour, nous répondons souvent « morale », ou « éthique », alors qu’il faut répondre « amour », mais amour plus grand, charité supérieure.
Et renouveler l’annonce kérygmatique de la foi en réaffirmant notre enracinement