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Une nouvelle puissance : le Brésil

Chronique internationale

François-Georges Dreyfus

Source : La Nef n°218 de septembre 2010
Avec 9 millions de kilomètres carrés, le Brésil fait dix-huit fois la France et compte 180 millions d’habitants, soit trois fois plus que la France. En 1950, le Brésil était l’un des moins développés des grands pays de l’Amérique latine. En soixante ans, le PIB par habitant a été multiplié par cinq, soit bien plus que le Mexique, le Chili (trois) et l’Argentine (deux). Pendant longtemps le Brésil était surtout connu pour ses productions agricoles. Aujourd’hui, le Brésil demeure une grande puissance agricole, mais il est aussi devenu une puissance industrielle : l’automobile, l’avionique et le nucléaire en sont les produits phares. Étant donné le climat équatorial et subtropical, la puissance hydroélectrique est considérable. À cela s’ajoutent, grâce à des techniques particulières, des hydrocarbures qui feront du Brésil une des grandes puissances pétrolières d’ici une dizaine d’années. Grâce à ces technologies, on estime que le Brésil sera, vers 2030, le sixième producteur mondial.

Tout ceci n’est pas dû à une politique libérale, à la différence de la plupart des États sud-américains. Il faut souligner le rôle de la Banque Nationale de Développement Économique, soutenue par une politique de dépenses publiques, fondée sur les infrastructures, conjuguant avec le secteur privé une politique d’intervention de l’État. De ce fait, l’économie brésilienne a été touchée moins que d’autres par la crise internationale. Il est vrai que sous la présidence de Lula (2003-2010), l’on a assisté à une mutation de la société brésilienne. Le contrôle de l’inflation, la diminution de la dette publique ont entraîné l’accession à l’économie de masse d’une part importante de la population. Cette classe moyenne qui s’est ainsi développée représente 64 % en 2010 au lieu de 37 % en 2008. Toutefois, l’inégalité sociale demeure avec une grande pauvreté, et c’est l’un des grands problèmes de cette nouvelle puissance.

Certains ne manqueront pas de souligner qu’une des raisons de cette résistance à la crise est la faiblesse du commerce extérieur qui ne représente que 25 % du PIB, contre 40 % au Mexique et 70 % en Chine, ainsi que le rôle de l’État. Le Brésil a eu en effet la chance d’avoir depuis 1992 des présidents qui ont su faire vivre ensemble économie libérale et interventions de l’État.
Cette croissance se maintient. On l’évalue à 5 % pour 2010, certains prévoyant même une croissance analogue jusqu’en 2015. Le Brésil joue un rôle important dans toute l’Amérique latine en s’appuyant sur le Mercosur, union économique qui regroupe la plus grande partie des États sud-américains.

Pour lutter contre la pauvreté, qui était encore plus grande à l’époque, quelques évêques, dont Helder Camara, ont soutenu la théologie de la libération mise au point par l’Université catholique de Louvain. Au même moment, les Églises évangéliques, favorisées par les milieux américains, s’engageaient dans la protestantisation de l’Amérique du Sud tout entière. Elle connut ses principaux succès en Amérique Centrale, où 40 % de la population est aujourd’hui d’obédience évangélique, et au Brésil, où on estime à 23 % la population évangélique actuelle, alors que les protestants historiques (luthériens, presbytériens et baptistes) ne regroupent que 2 % de la population.

Les communautés évangéliques ont triomphé de la théologie de la libération, puisque de 1970 à 2010, elles ont doublé, parfois même quadruplé le nombre de leurs fidèles. Il est vrai que la société que proposait la théologie de la libération était fondée sur une culture paupériste, adepte de la décroissance, alors que les évangéliques, avec leur prophétisme, proposent une société en croissance.

Sur le plan international, le Brésil a plusieurs ambitions ; du fait de sa puissance démographique et de ses progressions économiques, il souhaite jouer un rôle prédominant en Amérique du Sud et dans une certaine mesure substituer sa prééminence à celle des États-Unis. Cela 
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