Le rapport parlementaire sur la burqa a été rendu public le mois dernier : l’analyse de ce texte montre qu’il manque encore une véritable réflexion sur la place de l’islam.
Constituée à l’initiative d’André Gérin, ex-maire communiste de Vénissieux (Rhône), la mission d’information parlementaire sur le voile intégral a remis son rapport au président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, le 26 janvier dernier, au terme de six mois d’enquête.
La lecture de ce document volumineux (658 pages), où l’on trouve aussi l’intégralité des auditions des personnalités convoquées à cet effet ainsi que des informations sur la situation dans les autres pays occidentaux, est très éclairante, à un double titre. D’une part, elle montre que le port du voile intégral, loin d’être un phénomène anodin, s’inscrit dans le cadre d’une stratégie d’ensemble visant à imposer à la société française les normes islamiques les plus rigoristes ; d’autre part, elle illustre l’incapacité de la République, prisonnière d’une conception idéologique de la laïcité, à relever le défi que lui lance l’islam, système totalisant qu’elle s’obstine à ne voir que sous les traits d’une religion équivalente au christianisme et qu’elle s’attache même à promouvoir, croyant ainsi acheter la paix civile.
Ces deux aspects ressortent dès l’avant-propos du président de la mission. A. Gérin y souligne d’abord la gravité du problème : « Derrière la question du voile intégral, c’est une réalité beaucoup plus inquiétante qui transparaît. La burqa, le niqab et tout autre voile intégral ne sont que la partie immergée de cet iceberg que constitue l’intégrisme fondamentaliste ». Puis, après avoir évoqué la multiplication des « incivilités » commises dans ce contexte, il affirme : « Ce n’est pas acceptable et à chaque fois qu’a lieu une telle agression, c’est notre vivre ensemble fondé sur l’esprit des Lumières qui est bafoué » (qu’est devenu l’héritage chrétien ?).
Le rapport est composé de trois parties. La première se présente comme un état des lieux. Concluant à l’incompatibilité de ce mode vestimentaire avec les exigences coraniques, le texte relève sa nouveauté et sa marginalité ici et ailleurs. Selon les informations fournies par le ministère de l’Intérieur, le voile intégral est apparu dans l’Hexagone au début de la décennie 2000. Les femmes revêtues de la sorte étaient, en 2009, au nombre de 1900, dont 50 % en Ile-de-France ; 90 % de ces musulmanes ont moins de 40 ans ; 2/3 d’entre elles sont de nationalité française, parmi lesquelles un quart sont des converties à l’islam ; enfin, 1 % de ces voilées sont des mineures, parfois âgées de moins de dix ans. Interrogé par la mission, Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman, a estimé qu’il ne convenait pas de voir dans le voile intégral « une prescription religieuse mais plutôt une pratique religieuse fondée sur un avis minoritaire », celui des islamistes donc. On se heurte ici à l’absence de Magistère unique qui caractérise l’Islam sunnite (90 % du monde musulman), ce qui favorise toutes sortes d’interprétations aussi valides les unes que les autres aux yeux de ceux qui s’y conforment.
Le problème de la femme
Dans sa deuxième partie, le rapport montre que le port du voile intégral se situe aux « antipodes des valeurs de la République » : liberté, égalité, fraternité. Pour dénoncer ces habitudes « enfermantes », l’accent est mis sur l’infériorisation, la réification et l’asservissement des femmes, celles-ci étant perçues par les islamistes comme « dangereuses » et « porteuses de désordres » à cause du désir sexuel qu’elles suscitent chez les hommes. Tout cela est exact. Mais ne faudrait-il pas aussi s’interroger sur le regard que cette forme d’islam porte sur l’homme, considéré comme incapable de respecter la femme, quelle que soit son apparence ?
Sur ces questions, l’audition d’Abdelwahab