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Une Europe de l’Amour
Editorial
Christophe Geffroy
Directeur du mensuel catholique La Nef

Source : La Nef n°187 de novembre 2007
Le traité de Lisbonne – puisque tel sera son nom – a été adopté le 19 octobre lors du Conseil européen dans une indifférence quasi générale. Le projet de Constitution européenne avait donné lieu à un large débat démocratique ponctué le 29 mai 2005 par un référendum, lequel avait conduit à un net rejet du texte constitutionnel soumis à l’approbation des Français. Les Français ne veulent pas de cette Constitution ? N’importe. L’erreur politique a été de les consulter. Deux ans plus tard, le même projet dans sa substance, rebaptisé « mini-traité » (dont la taille avoisine les 3000 pages, nos technocrates ont de l’humour), est avalisé en toute discrétion comme s’il s’agissait d’une simple réformette qui ne concernerait pas les peuples. Il devrait être rapidement ratifié par la seule voie parlementaire. Dans leurs bons jours, nos technocrates vont jusqu’à reconnaître un certain « déficit démocratique » dans le fonctionnement de l’Union européenne, pour reprendre leur jargon. Admirable litote.

Mais après tout, peut-être ont-ils raison. Car enfin, qui se plaint, qui hurle à la trahison face à des procédés aussi déloyaux que grossiers ? Rarement dans l’histoire de l’Europe, nos nations ont été ainsi abandonnées par la totalité de leurs élites, qu’elles soient politiques au premier chef, mais aussi intellectuelles ou religieuses. Tous, en chœur, au prétexte que la France serait trop petite pour survivre et devrait s’intégrer dans un ensemble plus vaste capable de concurrencer les « grands », éternel prétexte de tous les abandons qui cachent toujours l’absence de courage et de volonté, pire, qui manifestent la perte de notre être national, le sens de ce que nous sommes, tous, dis-je, appellent à la construction d’une Europe destructrice des souverainetés nationales et se réjouissent d’un « mini-traité » qui marque incontestablement une grande avancée dans ce sens. On met en avant l’instauration d’une présidence stable de l’Union et d’un « haut représentant pour la politique étrangère ». Mais les deux points fondamentaux sont la personnalité juridique acquise par l’Union, prémisse du fédéralisme, et la généralisation du vote à la majorité qualifiée à 70 domaines, dont 51 nouveaux (la justice et les affaires intérieures en particulier), qui pourront être désormais adoptés sans qu’une nation puisse s’y opposer en invoquant ses intérêts vitaux (c’était le fameux droit de veto arraché par de Gaulle sous le nom de « compromis de Luxembourg »). Seules la fiscalité et la politique étrangère demeurent encore sous le régime du vote à l’unanimité, derniers restes d’une indépendance que nous avons nous-mêmes aliénée, sans occupation militaire étrangère, sans que nul nous y force.
Si au moins cette Europe contribuait à nous arracher aux maux qui nous rongent. Même pas. Au contraire, elle contribue à les étendre, à les aggraver : bien qu’elle soit un exemple de bureaucratie absurde digne du socialisme (1), son idéologie est celle du libéralisme mondialisé régi par la seule loi du marché, du « matérialisme mercantile » (Jean-Paul II) qui ne voit dans l’homme qu’un homo oeconomicus ayant un ventre à remplir et des désirs à satisfaire ; elle est également le relais du relativisme vecteur de la « culture de mort », faisant notamment pression pour l’instauration universelle de l’avortement et des unions homosexuelles ; enfin, elle concourt à l’amnésie et au suicide culturel en reniant ce qu’elle est historiquement (par le refus de reconnaître ses racines chrétiennes et en s’ouvrant à la Turquie, étrangère par la géographie, l’histoire et la culture à l’Europe). J’ajouterais qu’une telle Europe est foncièrement anti-démocratique et fonctionne sur le mensonge et la dissimulation du but à atteindre qui est celui d’un véritable État fédéral, objectif jamais avoué aux peuples trop « stupides » pour l’approuver et qui sont très régulièrement mis devant le fait accompli des petits pas successifs qui mènent au but. 
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