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USA : religion et politique

François-Georges Dreyfus

Source :La Nef n°199 de décembre 2008
Les élections américaines nous interpellent tous. Il semble évident qu’une très grande majorité ses habitants de la planète ont applaudi au succès de Barack Obama. Au-delà de la nouveauté que représente l’élection d’un métis, il convient de réfléchir à cette victoire du parti démocrate. Premier élément, à la différence de ce qui se passe en l’Europe, les Noirs américains sont présents depuis quatre siècles : les Noirs américains sont acculturés, parlent, pensent et se voient américains ; ils sont intégrés, assimilés, ils diffèrent seulement par la couleur de leur peau. Sur le plan religieux, les trois-quarts sont protestants, généralement baptistes ou évangéliques. Leur influence sur le plan religieux est infiniment plus grande qu’on ne le croit : c’est la conception afro-américaine qui donne aux services religieux des églises américaines enthousiasme et piété, un peu voyante certes mais infiniment profonde. Et n’oublions pas qu’ils ont apporté au protestantisme américain un sens nouveau de la liturgie et qu’ils ont donné le gospel à la musique religieuse.
Les Noirs essentiellement protestants, souvent proches des milieux évangéliques ont élu Obama pour trois raisons. Ils ont voté pour un Noir, pour un défenseur des milieux défavorisés et aussi pour un chrétien. Même s’il a des ancêtres musulmans, Obama est apparu comme un croyant pratiquant, priant avec ses enfants avant les repas et à la fin de la journée. Il l’a déclaré à plusieurs reprises, à la différence de McCain qui apparaît davantage comme un chrétien ordinaire. C’est sans doute un élément qui a joué bien plus qu’on ne le croit.
Si le vote noir s’est porté massivement sur Obama, celui-ci a aussi reçu le soutien des femmes (56 %) des 18-29 ans (66 %) et des Américains percevant moins de 50 000 dollars (35 000 euros) par an (60 %). Même si le vote noir a été essentiel, il ne faut pas oublier que un peu moins de la moitié de la population américaine blanche a voté Obama.
Les statistiques électorales dont nous disposons sont cependant trop globales. On oublie facilement qu’un peu plus de la moitié les Noirs vivent dans le Sud profond – Louisiane, Mississipi, Arkansas, Géorgie, Caroline de Sud, États qui ont voté McCain. Les États ayant au moins 20 % des Noirs dans le Nord sont peu nombreux : Massachussetts, New York, Virginie, Maryland, Illinois. Pourtant 15 États entre l’Iowa et l’Atlantique ont voté Obama.

Il est utile de comparer comportement politique et comportement religieux. Dès lors on peut faire des constatations intéressantes : ce sont les États « pieux » du Sud qui ont voté républicain, tandis que les États « pieux » du Nord ont voté Obama. Cette situation qui peut paraître paradoxale s’explique facilement. Les États du Sud constituent le « Bible Belt » et sont pour leur grande majorité proches des évangélistes alors que le Nord est plutôt le fief des Églises protestantes historiques (épiscopaliens, presbytériens ou luthériens) ou de l’Église catholique.
Dans le monde protestant, églises historiques et communautés évangéliques ont des positions religieuses différentes, positions que, dès 1972, le théologien de New York Dean Mc Kelley mettait judicieusement en avant : il soulignait la complaisance (des églises historiques) pour les idées modernes de la solidarité, du développement personnel et de l’émancipation individuelle… Elles se sont engagées dans des entreprises servant ces idéaux, planning familial, appui aux luttes des femmes, « à la différence des communautés mettant l’accent sur la conversion, manifestant l’attachement pour les valeurs familiales, se réclamant d’une conception messianique du rôle de l’Amérique chrétienne dans le monde ».

Si dans le Sud on est pro life, si on lutte contre l’avortement, ce n’est pas le cas des Américains pieux du Nord et du Nord-Est. Cette situation se retrouve aussi dans les milieux catholiques. Le cardinal archevêque de Boston se disait 
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