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Vaincre le sida est possible

Jacques de Guillebon

Source :La Nef N°225 d'Avril 2011
L’amour face au Sida est un livre qui eut été bigrement utile dans sa version française il y a deux ans, lorsque se déclencha l’assaut de la citadelle Benoît XVI, assaut qui échoua de peu. Cet ouvrage que l’on doit conjointement à un espagnol et à un Américain est paru dans la langue de Cervantès en 2006. Depuis, il a été traduit en anglais, et aujourd’hui enfin en français. Y sont décryptées à la loupe les manœuvres de ceux que les auteurs ne craignent pas de qualifier d’oligarques du sida, c’est-à-dire les employés des diverses organisations internationales de lutte contre la maladie, au premier rang desquelles Onusida.

Recourant avec sagesse aux données disponibles, les auteurs dévoilent ce que l’on savait déjà plus ou moins au sujet de la lutte contre la pandémie du siècle : les pays – africains, car c’est sur ce continent que les deux chercheurs concentrent leurs efforts – qui agissent le plus efficacement pour la limitation de l’épidémie sont ceux qui ont fait un autre choix que celui du tout-préservatif. Ce que démontrent sans idéologie, sans parti-pris, avec lenteur et minutie, les auteurs, c’est combien l’horrible mal ne peut être endigué s’il n’y a pas une modification des comportements, et combien la source de cette modification est politique et morale. Les agences mondiales, souvent liées à des intérêts et surtout à un éthos occidentaux, ont choisi, elles, de ne pas choisir : c’est-à-dire qu’elles ont inscrit, contre toute leçon de la réalité, dans le marbre de la charte de leurs entreprises que seule la technique, en l’occurrence le préservatif, devait servir à faire reculer le VIH. Que leurs efforts soient loin d’être couronnés de succès importe peu à ces idéologues : ils croient dur comme fer à leur solution. Pourtant, il ne leur est que d’ouvrir ce livre, de feuilleter les rapports établis pays après pays, pour constater qu’en sus de l’action des antirétroviraux, seuls les appels, efficacement relayés comme en Ouganda hier ou au Kenya aujourd’hui, à l’usage de la méthode ABC ont permis de restreindre dans des proportions estimables la transmission de la maladie. Cette méthode (A comme abstinence, B comme be faithful et C comme condom) qui ne place le recours au préservatif qu’en dernière extrémité choque évidemment la conscience occidentale postmoderne, laquelle considère que la technique est tout quand la morale n’est rien.

Pourtant, qui a des yeux pour voir, ne peut que constater que la lutte contre le sida est entièrement morale. Aux ânes qui refusent de connaître l’implication gigantesque de l’Église catholique dans cette guerre contre la maladie, cette Eglise catholique qui prend en charge 27 % des personnes atteintes du sida dans le monde, on conseillera la lecture du livre, plus qu’émouvant, bouleversant, du Père Hubert Lelièvre, Je veux mourir vivant. Les souvenirs que le prêtre évoque, s’ils ont quinze ans et si la situation a considérablement évolué depuis, gardent entièrement leur sel de souffrance et leur feu amoureux : dans cet hôpital romain des malades du sida où il est, jeune vicaire fougueux mais ignorant, affecté, le Père Lelièvre va faire l’apprentissage de la véritable compassion devant un mal qui dépasse les compétences humaines. Les Italiens dont il a la charge spirituelle, jeunes pour la plupart, souvent anciennement drogués, oscillant entre révolte, déréliction et apaisement, le forcent à sortir de lui-même, le forcent à trouver dans la puissance de la prière et de l’adoration du Saint-Sacrement le courage de les accompagner jusqu’au bout, jusqu’à l’issue fatale et inexorable de leur courte vie.

« Je veux mourir vivant », c’est le cri qui traverse tous ces témoignages, d’extraordinaires conversions ou d’humbles acceptations, que nous livre un prêtre transfiguré pour toute son existence par cette expérience. Quel cœur asséché retiendra ses larmes devant l’histoire de Mariangela, enfant de 10 ans née séropositive, dont les 
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