L’annonce de la publication d’un texte du pape favorable aux anciennes formes liturgiques a semé le trouble dans quelques esprits, alors qu’il s’agirait d’une mesure d’apaisement. Témoignage.
En 2006 accèdent à la majorité les personnes (françaises du moins) nées en 1988. C’était l’année où Mgr Lefebvre signait un protocole d’accord avec le Saint-Siège, l’année aussi où il le rétractait aussitôt et procédait à l’ordination sans mandat pontifical de quatre évêques. C’est un fait nouveau et méritant attention, que certains de ces jeunes adultes auront vécu toute leur enfance et leur adolescence catholiques dans une indépendance de fait à l’égard d’autorités ecclésiales dont ils disent pourtant ne pas contester la légitimité. Il me semble que c’est à la lumière de cette circonstance historique qu’il faut envisager le vif souci du Saint-Père de faciliter la communion de ces personnes, la distance instaurée temporellement par la durée risquant de creuser une distance ecclésiologique de plus en plus difficile à résorber. Les évêques de France, tout en émettant des souhaits sur les conditions de l’union, ont tenu, en Assemblée plénière, à marquer publiquement qu’ils comprenaient et approuvaient cette préoccupation du pape, dont l’un des pivots du ministère est la conservation et la promotion de l’unité au sein de l’Église du Christ.
Au-delà de la question liturgique, à propos d’un document dont on ne connaît qu’un projet d’existence divulgué dans la grande presse par une source vaticane dite autorisée mais anonyme, les esprits se sont d’emblée agités autour d’une question plus large, à savoir la place du concile Vatican II dans la vie de l’Église actuelle. Comme le cardinal Ricard a eu l’occasion de le montrer, citations à l’appui, nul ne saurait sérieusement accuser le pape Benoît XVI de vouloir gommer les quatre dernières décennies. Plus généralement, il ne serait pas juste, c’est-à-dire qu’il serait à la fois incorrect et injurieux, de lui prêter d’occultes arrière-pensées, alors que ses prises de position, bien connues, sont d’une parfaite clarté, que ce soit par rapport à la valeur du concile, au critère légitime de son interprétation, ou aux défauts de sa réception. La petite crise, occasionnée par la conjonction de l’information de presse et par l’érection subite de l’Institut du Bon Pasteur, a révélé les limites de confiance dans le paysage ecclésial français. Elle a malheureusement ouvert des blessures mal cicatrisées, mais elle aura été aussi l’occasion de manifester la nécessité de substituer l’estime au mépris pour servir ensemble l’Église dans la charité et la vérité. Cela aura créé aussi l’opportunité, en les rassurant, de rendre hommage à tous ceux qui ne ménagent pas leur peine pour recevoir et appliquer fidèlement le Magistère en son intégralité ; ce devrait être aussi l’occasion d’accueillir non pas de manière suspicieuse, amère ou résignée, mais cordiale, magnanime et généreuse ceux et celles qui, selon leur propre charisme liturgique, acceptent d’œuvrer à la nouvelle évangélisation.
D’importants obstacles se dressent pourtant sur la voie de l’unité. À certains égards, la conjoncture a peut-être même rigidifié des positions déjà perçues comme conflictuelles ou contradictoires. À titre strictement personnel, je voudrais librement émettre quelques réflexions et suggestions à destination de ceux qui comprennent et approuvent le désir du Saint-Père.
Une première question se pose : faut-il, comme la presse l’a fait, ainsi qu’un certain nombre de prises de positions ecclésiastiques, solidariser l’élargissement de l’usage du missel romain de 1962 et un positionnement par rapport au concile Vatican II ? De prime abord, il semble que non. Même si la situation est mélangée, bien des laïcs concernés, de ces familles que l’on méconnaît trop dans les débats, n’accompagnent pas leur choix par un rejet du missel romain de 1969 et un refus des textes conciliaires. Pourquoi