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Vers une réforme de l'islam ?

Annie Laurent

Source :La Nef n°224 de mars 2011
On parle à juste titre des événements politiques en Égypte, mais ceux-ci ont totalement occulté une intéressante initiative de musulmans pour une véritable réforme de l’islam. Analyse.

Le déclenchement de la révolution en Égypte, survenu le 25 janvier, a occulté une initiative révélatrice des débats d’idées qui agitent actuellement le monde musulman quant à son rapport à la modernité. La veille, en effet, l’hebdomadaire cairote indépendant El-Yom es-Sâbi (Le Septième Jour) publiait dans son édition en ligne un « Document pour le renouvellement du discours religieux ». Dans un premier temps, ce texte, qui a immédiatement circulé sur plus de 12 000 autres sites arabes, suscitant adhésions et rejets, a été présenté en Occident comme un appel collectif signé par 23 intellectuels musulmans égyptiens favorables à un islam plus libéral. En réalité, ce n’est pas vraiment de cela qu’il s’agissait. Le magazine reprenait les résultats d’une enquête qu’il avait menée sur le thème du renouveau de la pensée auprès de ces personnalités dont les noms étaient fournis. Celles-ci relèvent de diverses tendances, parfois très opposées. On trouve parmi elles des modernistes notoires, tel Gamal El-Banna, frère du défunt fondateur des Frères musulmans dont il combat le programme visant à tout islamiser, mais aussi des islamistes déclarés, notamment l’écrivain Fahmi Huweidi. Il ne s’agissait donc pas d’un document rédigé en commun et aucun des 22 points retenus ne peut être attribué ni à telle ou telle de ces personnalités ni à l’ensemble, ce qui en limite bien sûr la portée.

Cette enquête, révélée au public francophone par le Père Samir Khalil Samir, jésuite d’origine égyptienne, professeur au Collège pontifical oriental de Rome et observateur attentif du monde musulman, dégage cependant des idées fort intéressantes.

Ainsi, le point n° 8 préconise la séparation de la religion et du politique. Le mot arabe almaniyyah choisi pour exprimer ce souhait suggère la notion de laïcité, ou plus exactement l’acceptation du concept de société civile par opposition à une société où tout est régi par la loi islamique. L’adoption d’un tel système entraînerait l’égalité civique de tous les ressortissants du pays, ce qui profiterait aux chrétiens (environ 10 % de la population) en leur permettant d’échapper au statut humiliant de la dhimmitude qui leur est actuellement imposé de facto. On peut aussi lire dans le document que les chrétiens devraient pouvoir accéder aux fonctions importantes au sein de l’État, y compris la présidence de la République, ce qui contredit la doctrine classique et toute la tradition islamique en la matière puisque celles-ci organisent l’État sur un mode confessionnel. En principe, un pays à majorité musulmane doit avoir l’islam comme religion officielle et le pouvoir ne peut être détenu que par un musulman. Dans les pays arabes, le Liban, avec l’attribution de la présidence à un chrétien maronite, inscrite dans la Constitution, est l’exception qui confirme la règle. Même un pays réputé laïque comme la Turquie exclut les non-musulmans des affaires publiques. Toujours dans le domaine du politique, le point n° 16 mentionne la possibilité pour les femmes de se faire élire à la magistrature suprême. Le point n° 4 met l’accent sur la nécessité de réformer « la vision musulmane » du statut de la femme et de « trouver des formes convenables pour le droit du mariage ». Quant au djihad, ses normes et obligations devraient, selon le point n° 6, faire l’objet d’une clarification.

L’analyse du P. Samir

Le Père Samir relève l’insistance mise dans ce document sur la critique plus ou moins implicite d’une religiosité pointilleuse qui s’attache trop à l’apparence et à l’extériorisation (vêtements, attitudes, jeûne et prière publics, etc.) au détriment de la liberté de conscience, alors que par ailleurs les hommes de religion s’abstiennent de dénoncer la corruption et les injustices 
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