La vie est ainsi faite qu’il suffit souvent d’une parole pour que tout bascule. La plupart du temps il suffit de dire « oui ». Et sans avoir le temps de réaliser pleinement l’ampleur de notre engagement, nous voici embarqué et tenu de rester fidèle. De certains « oui » dépendent le Salut de l’humanité. Mais si nous ne sommes pas tous appelés à être la Mère de Dieu, nous sommes tous appelés à dire « oui » au moins une fois dans notre vie.
« Veux-tu reprendre en main mon œuvre ? Je vais partir et je veux que ce soit toi qui t’occupes de tous ces enfants. Ils ont tant besoin de nous. Nous ne pouvons pas les abandonner ! » Et Yves Meaudre a dit « oui ». Deux années auparavant il avait rencontré René Péchard et très vite il avait été séduit par cet homme généreux qui avait consacré sa vie aux enfants d’Asie. Il avait suivi leur histoire et assumé leur développement intellectuel, avait créé des écoles, des lieux d’accueil dans leurs pays où le communisme avait fait si mal. Yves Meaudre était fasciné. Péchard était de ces personnalités dont la rencontre bouleverse l’existence, cependant il n’aurait jamais imaginé s’embarquer dans une aventure pareille. Une famille à charge, un métier intéressant… Est-on capable de tout abandonner ?
Yves Meaudre est de la génération des combattants. Très tôt il aspire à défendre culture et civilisation française. Il participe à la création de Radio Alouette dont il sera directeur d’antenne pendant deux ans. Plus tard, il préside le comité national d’aide à la Pologne pour défendre la liberté. S’il reconnaît aujourd’hui tout l’aspect esthétique et romantique de sa foi d’antan, ces combats n’en n’ont pas moins éduqué sa volonté. Cet idéal lui a permis d’envisager la vie comme un service. La Providence lui destinait la direction de l’association Enfants du Mékong.
En 1975, la fin de la guerre du Vietnam ouvre les portes du Laos au communisme. Plus d’un million et demi de personnes fuient. C’est le début des camps de réfugiés sur la rive thaïlandaise du Mékong. Obligé de fuir lui aussi, René Péchard lance les premiers appels au parrainage en France. Être parrainé, c’est être scolarisé mais aussi soigné, nourri et habillé. Ces parrainages se sont considérablement développés, ils ont permis d’éviter aux enfants l’enfer des rues, la prostitution, le travail forcé ou la drogue. En 1977, l’association s’installe à Valence pour soutenir les réfugiés en France et continuer à aider les communautés laotiennes et cambodgiennes des camps de Thaïlande.
Il fallait beaucoup de foi et de courage pour reprendre le flambeau. Mais Yves Meaudre relève le défi et part en Asie. Il visite les camps, rencontre les populations réfugiées et, dans une église, découvre le portrait de Péchard, peint sur l’intégralité du mur. Yves Meaudre a une révélation : « J’ai découvert la dimension profonde de l’association dans le cœur des réfugiés. Ce n’était, dès lors, plus possible pour moi de les abandonner. Je leur ai donc promis fidélité ». Le travail est simple mais tellement nécessaire. « Il suffit de lutter contre leur sentiment d’abandon et partager les drames de leur histoire », me dit-il, l’œil souriant et tendre.
Vingt-cinq ans plus tard, sa passion et son énergie sont intactes. C’est avec une douceur toute paternelle qu’il raconte l’histoire de ces enfants qui ont bouleversé son existence. Jamais inquiet, Yves Meaudre s’abandonne totalement à la Providence. « Il faut revenir à la Charité, comprendre le plus pauvre, dans sa dignité intrinsèque d’homme, lance-t-il clairement, mais surtout rester fidèle, fidèle jusqu’au bout ».